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Title: Epitome du theatre du monde
Description: De l'imprimerie de Christofle Plantin, à Anvers 1588, petit in-8 à l'italienne (15x10,5cm), (8f.) 94f. (2f.), relié. Première édition complète des 94 cartes. Il s'agit de la troisième édition en français, en partie originale car revue, corrigée et augmentée de onze cartes. D'abord publié en latin en 1570 à Anvers (deux éditions la même année sous le titre Theatrus orbis terrarum), puis en hollandais en 1577, le texte fut traduit en français à partir de 1579. Cette première édition en français, parue sous le titre du Miroir du monde, ne comportait que 72 cartes. Elle fut ensuite rééditée en 1583 avec 83 cartes. Ce n'est qu'en 1588 que paraîtra la version définitive complète de ses 94 cartes et désormais intitulée Epitome du theatre du monde. Chaque carte présente, en regard, un texte traitant de l'histoire, des données topographiques et d'anecdotes propres à la région du monde évoquée. Une table alphabétique des cartes se trouve en fin de volume. Notre édition comporte également une préface du graveur et détenteur du privilège Philippe Galle (1537-1612), suivie d'une gravure allégorique mettant en scène la Prudence, la Vérité et l'Omnipotence de Dieu et d'un Discours de la mer par Ortelius. Reliure du XVIIIème siècle en pleine basane fauve marbrée, dos à trois nerfs orné de caissons, filets et fleurons dorés ainsi que d'une pièce de titre de maroquin havane, toutes tranches rouges. Coiffes, coins et un caisson de tête restaurés avec reprise de dorure. Une petite brûlure affectant quelques lettres du texte consacré à l'Égypte. Ex-libris à la plume sur la page de titre. Quelques annotations manuscrites de l'époque en marge. Exemplaire très frais. D'abord enlumineur, libraire et vendeur de cartes, Abraham Ortelius (1527-1598), fort de ses connaissances de collectionneur, décida d'entreprendre une carrière de cartographe. Il fut très marqué par sa rencontre en 1554 avec Gérard Mercator (1512-1594), dont il deviendra si proche que ce dernier, préparant lui aussi son célèbre atlas, repoussera sa publication afin de ne pas porter préjudice à son ami dont il estimait grandement les travaux. C'est ainsi que le 20 mai 1570 parut une première version latine de l'ouvrage, imprimée aux frais de l'auteur, chez Gilles Coppens à Anvers. Le prix de vente de l'atlas était élevé : 30 florins au moment de sa parution ; Max Rooses (1839-1914), conservateur du musée Plantin-Moretus, raconte d'ailleurs que l'atlas d'Ortelius était le livre le plus cher du XVIème siècle. Cependant, ce recueil, ayant demandé plusieurs années d'un travail rigoureux et intense, connut immédiatement un grand succès et devint une référence cartographique près de dix ans avant la parution de l'atlas de Mercator. Les cartes géographiques circulaient jusqu'alors de manière isolée ou réunies dans des compilations aléatoires et factices. Ortelius fut donc le premier à proposer un ensemble cohérent de cartes aux formats, aux échelles et à l'esthétique uniformes, c'est-à-dire scientifiquement fiables, donnant ainsi naissance au premier atlas encyclopédique moderne. Le format volontairement réduit du recueil permettait une manipulation facile et pratique, utile au scientifique comme à l'amateur : « L'ensemble était conçu pour satisfaire les deux principaux types de lecteurs : l'amateur cultivé et l'homme de métier attentif à la fonctionnalité de la carte. L'espace était géré avec économie pour répondre au pragmatisme du second, tandis que les goûts du premier étaient flattés par une typographie raffinée, par un recours au langage symbolique de l'emblème et par des notices érudites sur l'histoire de lieux et de peuples. Le Theatrum orbis terrarum était donc un livre à la construction rigoureuse qui proposait à tous ses lecteurs la meilleurs façon positive de voir représenté le monde alors connu» (Erika Giuliani, 5 - Mettre en collection des « vues de villes » à la fin de la Renaissance : les Civitates orbis terrarum (1572-1617), in Isabelle Pantin et al., Mise en forme des savoirs à la Renaissance, Armand Colin « Recherches », 2013, p. 103-126). Erika Giuliani souligne également que cette entreprise fut couronnée de succès car elle rassemblait les meilleurs artisans de l'époque : « Le fait d'être non seulement un enlumineur et un marchand de cartes, mais aussi un collectionneur, ami de Mercator, et membre du cercle de Plantin, lui avait permis de choisir les meilleurs exemplaires, pour constituer ce qui deviendrait un modèle éditorial et un ouvrage de référence inégalé : Ortelius recommandait aux érudits d'avoir le Theatrum dans leur bibliothèque et de le consulter quand ils lisaient la Bible ou des livres d'histoire. » (op. cit.) Le fait qu'Ortelius fasse appel au talent de l'éditeur Plantin pour publier la version française de son ouvrage n'a rien d'étonnant : ce dernier fut l'une des figures emblématiques de l'essor du livre scientifique illustré à la Renaissance. C'est à ce moment même que les géographes redécouvrirent le travail de Claude Ptolémée (90-168) et mirent la cartographie, non plus au service de la science, mais à celui des conquêtes (recherche et création de nouvelles routes maritimes, perfectionnement des navires...). On assista alors à une totale réévaluation de la conception médiévale du monde, basée sur des mesures astronomiques et terrestres plus précises. L'atlas d'Ortelius s'inscrit justement dans cette démarche topographique renaissante, respectant toujours le même ordre rigoureux et immuable de la géographie de Claude Ptolémée : Angleterre, Espagne, France, Allemagne, Suisse, Italie, Grèce, Europe centrale et orientale jusqu'à la Russie, Asie et Afrique. Il fallut attendre 1507 et les travaux de Martin Waldseemüller (1470-1520) pour que la carte de l'Amérique voit le jour ; il sera notamment le premier à donner une représentation de l'océan atlantique en entier et ainsi à prolonger considérablement les travaux de Ptolémée. La représentation de Waldseemüller n'était cependant que partielle et se limitait à la côte sud-ouest du continent. Bien plus précise et étendue, la carte d'Ortelius s'inspire de celle de Diego Gutiérrez parue en 1562 et en propose une vision beaucoup plus large, notamment de l'Amérique du Nord. Sur la carte d'Ortelius apparaît entre autres la Nouvelle-France, découverte en 1523 par Giovanni da Verrazzano (1485-1528) qui, missionné par François Ier, fut chargé d'explorer la zone entre la Floride et Terre-Neuve afin de découvrir un accès à l'océan pacifique. L'échelle d'Ortelius est correcte pour certains territoires et surdimensionnée pour d'autres (Terre de Feu, Nouvelle-Guinée, Mexique ainsi que l'Australie et le continent antarctique qui ne font qu'un seul bloc appelé terra australis nondum cognita) qui avaient pourtant, pour la plupart, été atteints depuis les années 1520. Concernant l'Amérique du Nord, sa forme se rapproche grandement de celle que nous lui connaissons aujourd'hui. La toponymie n'étant quasiment pas encore christianisée, elle laisse apparaître de nombreuses appellations amérindiennes (Culia, Tiguex et Tecoantepec...). Le cartographe est aussi le premier à représenter la Basse-Californie comme une péninsule, la côte nord-ouest de l'Amérique étant seulement esquissée au-delà de la Californie. On remarquera en outre que les légendes se focalisent sur les rivières et les littoraux, montrant la méconnaissance des terres intérieures encore inexplorées. On notera également la présence de légendes quelque peu surprenantes, notamment en Patagonie : « Patagonum regio ubi incole sunt gigantes » (soit Région de la Patagonie où les habitants sont géants). D'autres indications du même type précisent les conditions de découverte de certaines terres, le nom d'explorateurs fameux, etc. Dans la zone de l'extrême Nord-américain, l'auteur indique « Ulterius septentrionem versus hec regiones incognite adhuc sunt », c'est-à-dire « Plus au Nord ces régions sont encore inconnues ». Cette indication peut laisser penser qu'Ortelius est prudent et soucieux de n'indiquer sur ses cartes que des lieux explorés. Cependant, on distingue la présence des villes de Quivira et Cibola, deux des mythiques Cités d'Or, placées en Californie d'après le récit du navigateur Francisco Vásquez de Coronado (1510-1554) qui partit à leur recherche en 1541. L'ouvrage d'Ortelius, emblématique de la Renaissance, est toutefois encore empreint de la tradition folklorique médiévale. Il mêle à la rigueur scientifique des tracés cartographiques, des légendes et des descriptions inspirées de témoignages et récits de voyages parfois mêlés de fantasmes. - De l'imprimerie de Christofle Plantin, à Anvers 1588, petit in-8 à l'italienne (15x10,5cm), (8f.) 94f. (2f.), relié. [AUTOMATIC ENGLISH TRANSLATION FOLLOWS] [AMERICA (Map of)] ORTELIUS Abraham Epitome du theatre du monde [Epitome of the Theater of the World] De l'imprimerie de Christofle Plantin, Anvers (Antwerp) 1588, small in-8, landscape: 150 x 105 mm (5 15/16 x 4 1/8 ""), (8 f.) 94 f( 2 f.), 18th-century sheep gilt First complete edition of the 94 maps. This is the third edition in French, the first for some parts, as reviewed, corrected and enlarged with 11 maps. First published in Latin in 1570 in Antwerp (with two editions appearing that same year, with the title Theatrus orbis terrarum), then in Dutch in 1577, the text was translated into French from 1579 onwards. This first edition in French, which appeared under the title of Miroir du monde, had only 72 maps. It was re-published in 1583 with 83 maps. It was not until 1588 that the complete, definitive version, with its 94 maps appeared, entitled Epitome du theatre du monde. Each map has a facing text on the history of, topographical details of, or anecdotes about, the part of the world in question. There is an alphabetic table of maps at the back of the volume. This edition also has a preface from the engraver (and holder of the privilege) Philippe Galle (1537-1612), followed by an allegorical engraving showing Prudence, Truth and the Omnipotence of God, and a Discours de la mer [Discourse on the Sea] by Ortelius. 18th-century light brown marbled sheep, spine in four compartments with compartment decoration, gilt fillets and fleurons, as well as a tan morocco title-piece, all edges red. Head and tail of spine, corners and one compartment at head of spine repaired and re-gilded. A small burn affecting a few letters of the text on Egypt. Ink ex-libris to title. A few contemporary manuscript annotations to margins. A very fresh copy. An illuminator, book- and map-seller, Abraham Ortelius (1527-1598) had a very good idea what collectors wanted and decided to embark on a career as a cartographer. He was deeply influenced by his 1554 meeting with Gerard Mercator (1512-1594), with whom he became so close that the latter, also working on his famous atlas, pushed back its publication date in order not to hurt his friend, whose work he held in high esteem. It was thus on the 20 May 1570 that the first, Latin, version of the work appeared, printed at the expense of the author by Gilles Coppens in Antwerp. The atlas was not cheap, costing 30 florins at the time it appeared. Max Rooses (1839-1914), the keeper of the Plantin-Moretus museum, tells us that the Ortelius atlas was the most expensive book in the 16 th century. Nonetheless, this collection, having taken several years of rigorous and intense work, was immediately very successful and became a cartographic reference almost ten years before the appearance of Mercator's atlas. Maps at the time circulated either in isolation or collected in a somewhat random and unnatural way. Ortelius was thus the first to offer a coherent set of maps uniform in format, scale, and appearance, or in other words scientifically reliable, thus giving birth to the modern encyclopedic atlas. The deliberately reduced size of the work made it easy and convenient to handle and it was useful both to scientists and laymean. ""The collection was intended to satisfy two principal types of readers: the cultivated amateur and the professional, aware of the practical utility of the map. The layout was managed economically in order to respond to the pragmatism of the second, while the tastes of the first were catered to by choice typography, the symbolic language of the emblems and the scholarly notes on the history of places and peoples. The Theatrum orbis terrarum was thus a rigorously put-together book which offered all its readers the best positive way of seeing the known world represented."" (Erika Giuliani, 5 - Mettre en collection des ""vues de villes"" à la fin de la Renaissance: les Civitates orbis terrarum (1572-1617), in Isabelle Pantin et al., Mise en forme des savoirs à la Renaissance, Armand Colin ""Recherches"", 2013, pp. 103-126). Giuliani also highlights that this enterprise proved successful because it brought together the best artisans of the age: ""The fact that he was not only an illuminator and map-dealer, but also a collector, friend to Mercator and a member of Plantin's circles allowed him to choose the best examples to make what would become a model for other publishers and an unsurpassed reference work. Ortelius recommended that scholars have the Theatrum in their libraries and consult it when reading the Bible or the history books."" (op. cit.) The fact that Ortelius called upon the talents of Plantin as publisher to produce the French version of his work is not surprising. The latter was one of the defining figures of the Renaissance boom in illustrated scientific books. Geographers were rediscovering the work of Ptolemy (90-168) at that time, putting cartography no longer at the service of science, but of discovery (the search for, and creation of new maritime routes, the perfection of ships, and so on). This was a total re-evaluation of the medieval view of the world, based on more precise astronomical and terrestrial measurements. Ortelius' atlas found its rightful place in this re-nascent topographical movement, while at the same time respecting Ptolemy's rigorous and immutable geographic order: England, Spain, France, Germany, Switzerland, Italy, Greece, Central and Eastern Europe to Russia, Asia, and Africa. It was not until 1507 with the work of Martin Waldseemüller (1470-1520) that the map of America saw the light of day; he was notably the first to provide a complete representation of the Atlantic Ocean and also to expand Ptolemy's work considerably. Waldseemüller's version was nonetheless only partial and restricted itself to the South-West coast of the continent. Far more detailed and extensive, Ortelius' map drew on the one published by Diego Gutiérrez in 1562, but offering a much greater view, especially of North America. On Ortelius' map we can see, among others, New France, discovered in 1523 by Giovanni da Verrazzano (1485-1528) who was tasked by François I with exploring the area between Florida and Newfoundland in order to find a way through to the Pacific. Ortelius' scale is correct for some areas and too great for others (Tierra del Fuego, New Guinea, and Mexico, as well as Australia and Antarctica, which are shown all together and labeled terra australis nondum cognita) that had, nonetheless been reached since the 1520s. As far as North America is concerned, it is represented more or less as we know it today. The toponymy was hardly Christianized yet, with a number of Amerindian appellations appearing (Culia, Tiguex and Tecoantepec, among others). The cartographer was also the first to show Lower California as a peninsula, with the North-Western coast of America being nothing more than a sketch beyond California. One can also see that the map's legends focus on the rivers and littorals, showing the lack of knowledge of inland areas, which yet remained to be explored. It is equally interesting to note the presence of some quite surprising legends, especially in Patagonia: ""Patagonum regio ubi incole sunt gigantes"" (or, the region of Patagonia where the inhabitants are giants). Other labels of the same sort explain the circumstances of the discovery of certain areas, the names of famous explorers, and so on. In the extreme North of America, the author notes ""Ulterius septentrionem versus hec regiones incognite adhuc sunt"", or ""The more northerly regions are still unknown."" This note may leave us with the impression that Ortelius was careful and prudent in not showing on his maps anything but areas that had already been explored. Nonetheless, one can also see the presence of the cities of Quivira and Cibola, two of the mythical Cities of Gold located in California, following the account of the explorer Francisco Vásquez de Coronado (1510-1554), who set off to find them in 1541. Ortelius' work, an emblematic work of the Renaissance, nonetheless bears the marks of the popular traditions of the Middle Ages. It mixes the scientific rigor of its cartographic outlines with legends and descriptions drawn from accounts of voyages, sometimes melded with fantasy.

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Price: EUR 12000.00 = appr. US$ 13042.16 Seller: Librairie Le Feu Follet
- Book number: 55657

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