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Title: Les justes
Description: Gallimard, Paris 1950, 11,5x18cm, reliure de l'éditeur. Edition originale, un des 1050 exemplaires numérotés sur alfa mousse. Reliure de l'éditeur en plein cartonnage réalisée d'après la maquette originale de Mario Prassinos. Précieux et magnifique envoi autographe signé d'Albert Camus à René Char : "" à René Char, frère de ceux-ci, dont il a fait toute la route avec l'admiration et l'affection de son ami. / Albert Camus"". « Je tiens René Char pour notre plus grand poète vivant et Fureur et mystère pour ce que la poésie française nous a donné de plus surprenant depuis les Illuminations et Alcools » (Albert Camus, préface à l'édition allemande des Poésies de René Char, 1959). L'amitié entre Albert Camus et René Char figure parmi les plus belles et fructueuses de la littérature française. Rien ne semblait destiner l'écrivain journaliste algérois et le poète provençal à se rencontrer et encore moins à s'apprécier. Camus n'entendait rien à la poésie et Char n'avait aucun goût pour le roman, ceux de Maurice Blanchot mis à part. Pourtant, c'est par leurs œuvres respectives que les deux artistes se découvrent et s'apprécient. Ainsi avant Camus et Char se rencontrent Caligula et Hypnos, illustrant tous deux la responsabilité du poète face à la violence du monde. « Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la Beauté. » (Char, Feuillets d'Hypnos). C'est cette exigence commune de la Beauté comme réponse politique à la démesure des idéologies qui unit les deux artistes au sortir de la guerre. Ferment de leur amitié, cette première « reconnaissance » inaugure une correspondance de douze années au fil de laquelle croît leur affection mutuelle et se révèlent leur convergences artistiques : « Je crois que notre fraternité - sur tous les plans - va encore plus loin que nous l'envisageons et que nous l'éprouvons. » (Char à Camus, 3 novembre 1951). « Quelle bonne et profonde chose que de se détacher peu à peu de tout ce et tous ceux qui ne méritent rien et de reconnaître peu à peu à travers les années et les frontières une famille d'esprits. Comme on se sent beaucoup tout d'un coup à être enfin quelques-uns... » (Camus à Char, 26 février 1950) Ces « quelques-uns », référence à la citation de Gide : « Je crois à la vertu du petit nombre ; le monde sera sauvé par quelques-uns », Char et Camus tenteront de les rassembler en fondant ensemble la revue Empédocle : « Il est peut-être temps que les quelques-uns dont parlait Gide se réunissent » écrit Camus à Guilloux en janvier 1949. Ils publieront des écrits de Gracq, Melville, Grenier, Guilloux, Blanchot, Ponge, Rilke, Kafka... Les dissensions internes auront rapidement raison de la revue, et c'est ensemble qu'ils abandonneront le projet. Leur amitié, elle, est sans ombre. Les deux hommes se retrouvent régulièrement en Provence, terre natale de Char et devenue, grâce à lui, le pays d'adoption de Camus. Ils partagent leurs manuscrits, se confient leur doutes : « Plus je produis et moins je suis sûr. Sur le chemin où marche un artiste, la nuit tombe de plus en plus épaisse. Finalement, il meurt aveugle. Ma seule foi est que la lumière l'habite, au-dedans, et qu'il ne peut la voir, et qu'elle rayonne quand même. Mais comment en être sûr. C'est pourquoi il faut bien s'appuyer sur l'ami, quand il sait et comprend, et qu'il marche lui-même du même pas. » Ils se dédient leurs œuvres (la réédition des Feuillets d'Hypnos et Actuelles) et s'adressent sur chaque nouvel exemplaire des dédicaces qui, chacune, scellent leur fraternité d'armes et d'âme. « à René Char qui aide à vivre, en attendant notre royaume, son ami et son frère en espoir. » (manuscrit de La Peste) « Pour Albert Camus, un des très rares hommes que j'admire et que j'aime et dont l'œuvre est l'honneur de ce temps. René Char » (Fureur et mystère) « [à RENÉ CHAR], frère de route, ce livre de bord d'un commun voyage vers le temps des hommes, en attendant midi. Affectueusement Albert Camus » (Actuelles I) « Pour Albert Camus, dont l'amitié et l'œuvre forment une Présence qui éclaire et fortifie les yeux » (Art bref) « Ah si seulement les poètes consentaient à redevenir ce qu'ils étaient autrefois : des voyants qui nous parlent de ce qui est possible... Que ne nous donnent-ils l'avant-goût des vertus à venir. Nietzsche ». « A vous cher René, seul poète de votre temps à avoir répondu à cet appel, de la part de votre frère fidèle, A. C. » (Actuelles II) Cette communion atteint son paroxysme à la sortie des Justes et des Matinaux : « Le premier exemplaire des Matinaux sur papier de tête sera pour vous et envoyé par mes soins [...] Si tant est qu'un livre est écrit pour quelqu'un, c'est pour vous que celui-ci l'est (écrit et respiré). C'est un rare visage, affectionné et admiré, que celui que la pensée et le cœur appliquent sur la terre d'un livre. Tel est le vôtre. » Camus répond par cette dédicace sur le grand papier des Justes : « à René Char, le premier sur la route du soleil, C[es Justes] qui attendaient ses Matinaux pour être enfin justifiés, avec la fraternelle amitié d'Albert Camus. » Avant cet exemplaire, Camus avait déjà fait envoyer à Char un service de presse, sans dédicace « pour vous faire patienter. Celui que je vous réserve m'attend à Paris et je pourrai vous le dédicacer à loisir ». Notre exemplaire, lui, a sans doute été adressé en octobre 1953 avec les autres « reliés » (les cartonnages Prassinos - cf. lettre du 23 octobre 1953). Rédigée à cette date, la dédicace de Camus sur cette œuvre prend alors une nouvelle ampleur : dernier opus du cycle sur la révolte, Les Justes annonce la grande œuvre théorique de Camus, L'Homme révolté, qui lui vaut les foudres et l'inimitié de l'intelligentsia française, dont Sartre. Camus est très profondément affecté par la violente incompréhension de ses pairs. René Char, confident de la longue maturation de l'œuvre, est un des rares à défendre publiquement « ce grand livre de secours, pathétique et net comme une tête trépanée ». Peu de temps avant la sortie du livre, Char achevant la lecture du manuscrit, écrivait une lettre prophétique à son ami : « Après avoir lu et relu votre Homme révolté, j'ai cherché qui et quelle œuvre de cet ordre - le plus essentiel - avait pouvoir d'approcher de vous et d'elle en ce temps ? Personne et aucune œuvre. [...] j'ai admiré à quelle hauteur familière (qui ne vous met pas hors d'atteinte, et en vous faisant solidaire, vous expose à tous les coups) vous vous êtes placé pour dévider votre fil de foudre et de bon sens. Quel généreux courage ! [...] Comme c'est magnifique de s'enfoncer dans la vérité. » C'est justement cette vérité confrontée à sa propre violence dont traite Les Justes auquel Camus consacre d'ailleurs un chapitre entier de son essai. A propos des Justes, Char écrivait en 1949 : « une grande œuvre dont le cœur persistant n'a fait que commencer de battre ». En 1951, il s'engage « dans le grand combat [commencé dans L'Homme révolté] des seuls arguments - actions valables pour le bienfait de l'homme, de sa conservation en risque et en mouvement. » En l'incluant par sa dédicace dans ces Justes, Camus lui témoigne bien sûr sa reconnaissance pour son soutien mais plus encore souligne leur appartenance commune à l'infime communauté des « quelques-uns ». A l'instar de cette lettre qu'il adresse à Char le 26 octobre 1951, après la parution de L'Homme révolté : « Vous savez du moins que vous n'êtes pas seul dans cette recherche. Ce que vous savez peut-être mal c'est à quel point vous êtes un besoin pour ceux qui vous aiment et, qui sans vous, ne vaudraient plus grand chose. Je parle d'abord pour moi qui ne me suis jamais résigné à voir la vie perdre de son sens, et de son sang. [...] On parle de la douleur de vivre. Mais ce n'est pas vrai, c'est la douleur de ne pas vivre qu'il faut dire. [...] Sans vous, sans deux ou trois êtres que je respecte et chéris, une épaisseur manquerait définitivement aux choses. Peut-être ne vous ai-je pas assez dit cela, [...]. Il y a si peu d'occasions d'amitié vraie aujourd'hui que les hommes en sont devenus trop pudiques, parfois. » A la mort de Camus, Char publie La postérité du soleil, leur œuvre commune écrite en 1952, hommage à leur amitié et à : « cet arrière-pays qui est à l'image du nôtre, invisible à autrui ». Bel exemplaire d'une exceptionnelle provenance. - Gallimard, Paris 1950, 11,5x18cm, reliure de l'éditeur. [AUTOMATIC ENGLISH TRANSLATION FOLLOWS] CAMUS Albert Les Justes [The Just Assassins] Gallimard, Paris 1950, 115 x 180 mm (4 1/2 x 7 1/16 ""), publisher's paper binding First edition, one of the 1050copies numbered 1050 on alfa mousse paper. Publisher's paper binding with an original design by Mario Prassinos. A handsome and important inscription from Albert Camus to René Char: ""à René Char, frère de ceux-ci, dont il a fait toute la route avec l'admiration et l'affection de son ami. / Albert Camus"". [To René Char, brother of the undersigned, with whom he has been there all the way, with admiration and affection from his friend / Albert Camus.] The friendship between Albert Camus and René Char is among the most touching and most fruitful in French literature. There was nothing obvious to bring together the Algerian journalist and author and the Provençal poet, much less to suggest a mutual affinity. Camus had not come across Char's poetry and Char had no taste for novels, apart from those of Maurice Blanchot. Nonetheless, it is through their respective works that the two artists found out about each other and developed a mutual respect. So - before Camus and Char actually met - they had met through Caligula and Hypnos - both illustrating the poet's responsibility in the face of the violent world. ""So in our darkness Beauty has no given space. All that space is for Beauty"" (Char, Feuillets d'Hypnos). It is this mutual need for Beauty as a political response to the outrageousness of ideologies that united the two artists at the end of the war. Catalyst to their friendship, this first ""acknowledgment"" inaugurated a twelve-year correspondence, during the course of which their mutual affection grew and revealed an artistic convergence: ""I believe that our brotherhood - on all levels - goes even deeper than we think and feel"" (Char to Camus, 3 November 1951).""What a great and profound thing it is to detach oneself bit by bit from all that and all those who are worth nothing and to find little by little over the years and across borders a community of spirit. Like with many of us, who all at once feel ourselves finally becoming of 'the few'"" (Camus to Char, 26 February 1950). These 'few' are a reference to a quotation from Gide: ""I believe in the virtue of small numbers; the world will be saved by a few,"" whom Char and Camus tried to bring together in establishing the Empédocle review: ""It is perhaps time that 'the few' Gide talked about came together,"" as Camus wrote to Guilloux in January 1949. They published writing by Gracq, Melville, Grenier, Guilloux, Blanchot, Ponge, Rilke, Kafka, and so on. However, internal dissension soon engulfed the review and they abandoned the project together. Their friendship, however, remained unblemished. The two men met regularly in Provence, where Char was from and - thanks to him - Camus' adopted home. They showed each other their manuscripts and confided in each other with their doubts: ""The more I produce the less sure I become. Night falls ever thicker on the artist's path, his way. Eventually, he dies completely blind. My only hope is that there is still light inside, somewhere, and though he cannot see it, it continues to shine nonetheless. But how can one be sure? That is why one must rely on a friend, one who knows and understands, one who is walking that same path."" They inscribed works to each other (the reprints of Feuillets d'Hypnos and Actuelles) and in each new copy wrote inscriptions in which they both reinforced their comradeship in arms and in spirit. ""to René Char who helps me live, awaiting our kingdom, his friend and brother in hope,"" (manuscript of The Plague). ""For Albert Camus, one of the very rare men I admire and love and whose work is the honor of our times. René Char,"" (Fureur et mystère) ""[to René Char], fellow traveler, this guidebook to a mutual voyage into the time of men, waiting for noon. Affectionately, Albert Camus,"" (Actuelles I) ""For Albert Camus, whose friendship and work form a Presence that illuminates and fortifies the eyes,"" (Art bref). ""Oh if only poets would agree to become again what they were before: seers who speak to us of all that is possible...If they only gave us a foretaste of virtues to come. Nietzsche."" To you, dear René, the only poet of your time who responded to this call, from your faithful brother, A. C (Actuelles II) This communion reached its climax when Les Justes and Matinaux were published [...] ""The first copy of Matinaux on papier de tête will be for you and sent by myself. [...] If a book is written for someone, this one is for you (written and breathed). ""This is a rare face, loved and admired, thought and heart are applying on the earth of a book. So is yours."" Camus answers to this inscription on the grand papier (deluxe copies) of Les Justes: ""To René Char the first on the way to light, These Justes that were waiting for his Matinaux to be eventually justified, with the fraternal friendship of Albert Camus. "" Before this copy, Camus had Char send a press service, without any inscription ""to keep you waiting. The one I am setting aside for you is waiting for me in Paris and I will dedicate it for you as you wish."" Our copy has perhaps been sent in October 1953 with the other « bound » (les cartonnages Prassinos - cf. letter of 23 October 1953). Written at that date, the inscription of Camus on this work gains in importance: last opus of the cycle on revolt, Les Justes calls for the great theoretical work of Camus, L'Homme révolté, which triggers the attacks and enmities from the French intelligentsia, including Sartre. Camus is deeply affected by the strong misunderstanding from his peers. René Char, who was aware of the long maturation of the work, is one of the few who defended publicly ""this great relief book, pathetic and accurate as a trepanned head"". A short while before the book was published, as Char was completing the reading of a manuscript, he wrote a prophetic letter to his friend: ""After having read your Homme révolté over and over, I tried to find out who and which work - most essential- was the closest to you and to your work today? No one and no work [...] I have admired to which familiar extent (which does not make you out of reach, and showing your solidarity exposes you to all blows) you have unwound your thunder thread and common sense. What a generous courage! [...] How beautiful it is to sink into the truth."" This very truth facing his own violence is treated in Les Justes in which Camus actually dedicates a whole chapter in his essay. Regarding Les Justes, Char wrote in 1949: ""a great work whose persisting heart has just started beating"". In 1951, he finds himself involved ""in a fierce battle (starting with L'Homme révolté) of the only arguments - actions for the benefit to mankind, preserving the risks and moves."" When including the inscription in Les Justes, Camus of course expresses his gratitude for his support, but above all underlines their common belonging to an infinite community of ""the very few"". Like this letter he addresses to Char on 26 October 1951, after L'Homme révolté was published: ""You know at least that you are not alone in this search. What perhaps you do not perceive well is to which extent you are a need for those who love you and who without you, would not be worth much. I am speaking for myself: I have never resigned myself to see life lose its meaning and its blood. [...] One speaks about the grief of living. But this is not true, it is grief of not living we ought to say. [...] Without you, without two or three beings I respect and cherish, things would definitely lack depth. Perhaps I have not told you that enough. [...].There are so few opportunities for true friendship today, that men have become too modest sometimes."" On Camus' death, Char published La Postérité du soleil, the work they wrote together in 1952, an homage to their friendship and to that ""hinterland which is the image of our own, invisible to others."" A very attractive copy with an exceptional provenance.

Keywords:

Price: EUR 25000.00 = appr. US$ 27171.17 Seller: Librairie Le Feu Follet
- Book number: 46995

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